Le mouvement DadaMarcel Duchamp
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Le mouvement Dada |
Dada à New York |
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Tristan Tzara
Prenez un journal
Prenez des ciseaux
Choisissez dans ce journal un article ayant la longueur que vous comptez donner à votre poème.
Découpez l'article.
Découpez ensuite avec soin chacun des mots qui forment cet article et mettez-les dans un sac.
Agitez doucement.
Sortez ensuite chaque coupure l'une après l'autre dans l'ordre où elles ont quitté le sac.
Copiez consciencieusement.
Le poème vous ressemblera.
Et vous voici un écrivain infiniment original et d'une sensibilité charmante, encore qu'incomprise du vulgaire.
Dada fut beaucoup plus une riposte à une situation historique, sociale, politique qu'à une phase précise de l'histoire de l'art. Et même lorsque Dada semble ne parler que de l'art, il vise aussi autre chose : une certaine idée de l'ordre, du rationnel, de la logique, une certaine conception de la morale, une certaine image de la société et du bon sens. Et c'est d'emblée cette position agressive à l'égard de l'art qui le sépare des autres avant-gardes. Les critiques à son égard sont d'autant plus exacerbées qu'il refuse, dès cette époque, toute intégration dans un chapitre de l'art moderne.
Pourtant si Dada disparaît de la scène historique après 1923, son esprit a survécu en d'innombrables métamorphoses : aux États-Unis, qu'il s'agisse de Néo-Dada (Robert Rauschenberg, Jasper Johns) du pop'art (Roy Lichtenstein, Claes Oldenburg, Andy Warhol) ou du happening (John Cage), et en Allemagne et aux États-Unis le mouvement Fluxus (Joseph Beuys, George Maciunas), pour ne citer que les plus importants, en prolongent l'esprit. On n'en finirait pas de montrer tout ce qu'ils doivent à Duchamp et à l'esprit dada. Enfin, même en France, à travers les Nouveaux Réalistes (Tinguely, Hains, Arman, Yves Klein), Ben, le situationnisme ou le post situationnisme, comment ne pas déceler la permanence d'un certain esprit dada ? Si les manifestations dadaïstes zurichoises ressemblent davantage aujourd'hui à des canulars de collégiens, il y a aussi un esprit de révolte absolu, une volonté de rupture, une soif d'authenticité, un immense éclat de rire que nous a légués le mouvement Dada et qui, comme un élixir magique, confère à ses représentants, les « vieillards-dada », une éternelle jeunesse.
DADA. On appelle Dada le mouvement intellectuel et artistique qui, né à Zurich en 1916, s'est étendu à l'Allemagne, la France et les Etats-Unis. Il a perdu sa virulence à partir de 1923 et s'est fondu, en France, dans le surréalisme. Il doit son nom à Tzara, qui l'aurait inventé en feuilletant au hasard un dictionnaire. On lui doit aussi ces définitions : "Dada place avant l'action et au-dessus de tout : le doute. Dada doute de tout. Dada est tatou. Tout est Dada. Méfiez-vous de Dada." Et : "Nous ne reconnaissons aucune théorie. Nous avons assez des académies cubistes et futuristes : laboratoires d'idées formelles. Fait-on l'art pour gagner l'argent et caresser les gentils bourgeois ?" [...]
GUERRE. Dada naît pendant et contre la première guerre mondiale, durant les massacres de la Somme (1916) et avant les mutineries de 1917. Zurich était le refuge des exilés et des pacifistes. L'antipatriotisme déclaré des dadaïstes allemands et français après l'armistice leur valut la haine des ligues d'anciens combattants.
HASARD. Aux méthodes réputées savantes des artistes "sérieux" formés dans les académies, Dada oppose la danse avec le hasard. Arp déchire des morceaux de papier et les fixe dans la position où ils ont glissé. Tzara conseille, pour faire un poème, de tirer d'un sac des coupures de journaux et de les copier dans l'ordre de leur apparition.
LIVRES. L'exposition a suscité une foule de réimpressions de textes dadaïstes et d'historiens - dont le Dada à Paris de Michel Sanouillet (CNRS, 652 p., 35 euros) - et la parution d'ouvrages d'initiation, parmi lesquels Dada libertin et libertaire de Giovanni Lista (L'Insolite, 274 p., 85 euros) et un colossal catalogue aux notices de qualité (Éditions du Centre Pompidou, 1 024 p., 39,90 euros). [...]
Mouvement international qui réunit dès 1916 des artistes ayant en commun le dégoût de la guerre, responsable de la crise des valeurs qu'ils vivaient. Revendiquant le droit à la liberté de l'art, leur révolte tendit vers une désagrégation des langages verbaux et plastiques.
Commentaire
Le dadaïsme naquit le 8 février 1916, au cabaret Voltaire, à Zurich. Si l'on en croit l'anecdote, le nom de « dada » aurait été trouvé en ouvrant au hasard un dictionnaire Larousse avec un coupe-papier. Autant dire que, ne voulant rien dire, il est à lui seul un manifeste.
Dès ce moment, un vaste mouvement de convergence s'opéra entre les dadaïstes suisses, les futuristes italiens, les expressionnistes allemands. Il gagna Paris où l'attendaient des peintres comme Picabia et des écrivains comme Breton, Aragon et Soupault.
Agressif et novateur, le dadaïsme ne se résume pas à ses seules provocations : photomontages, collages, ready-mades, etc. Les rythmes particuliers de Tzara, les poèmes à rebours de Picabia et les pastiches d'Aragon ne sauraient faire oublier qu'il ouvre une nouvelle voie à la création littéraire et qu'il donne naissance au surréalisme.
Citations
Dada ne signifie rien. (Sept manifestes dada, Manifeste dada, 1918)
Dada, bien qu'il eût eu, comme on dit, son heure de célébrité, laissa peu de regrets : à la longue, son omnipotence et sa tyrannie l'avaient rendu insupportable. (André Breton, Les pas perdus)
Le dadaïsme fait référence à un mouvement artistique qui critique la culture et qui connaît ses débuts au "Cabaret Voltaire" de Zurich en 1916. Le terme "dada" est un terme dérivé du langage enfantin français ; apparemment, Hugo Ball aurait été confronté à ce terme en feuilletant par hasard un dictionnaire. Ces deux caractéristiques, l'absurdité ainsi que le hasard, représentent déjà les signes distinctifs les plus importants du dadaïsme. Les dadaïstes s'opposent aux structures culturelles et aux structures en place dans la société à leurs yeux désuètes, mais ils protestent surtout contre la guerre dont ils désirent manifester l'absurdité. L'art des dadaïstes est l'art du non-sens, c'est pour ainsi dire un anti-art dont les contenus sont consignés dans le manifeste de Tristan Tzara : le terme d'art est soumis à des expériences et les objets du quotidien sont déclarés objets d'art, par ailleurs, les frontières entre les genres artistiques disparaissent. Lors de représentations théâtrales, des comédiens, souvent aux costumes absurdes, présentent des concerts faits de bruits, des danses grotesques ainsi que des poèmes composés de bribes de conversation assemblées de manière incohérente et sans aucun sens. Tous ces événements doivent provoquer le spectateur et faire office de miroir. La machine est le leitmotiv de l'artiste dada, cette dernière n'est cependant pas, contrairement aux futuristes, célébrée mais symbolise une situation en état d'échec dans la société.
Le coeur du courant s'étend bientôt de Zürich à toute l'Europe et même aux Etats-Unis mais se distingue par les accents respectifs : tandis que l'on s'intéresse par exemple à New York à la position de l'art moderne, les dadaïstes allemands s'intéressent plutôt à la crise survenue dans la société de l'Allemagne d'après-guerre. En France, les affinités du surréalisme tardif avec l'art dadaïste peuvent être expliquées par la mécanisation des processus subconscients.
Les représentants du dadaïsme sont Hans Arp, Johannes Baader, Hugo Ball, Marcel Duchamp, Max Ernst, Hannah Höch, Francis Picabia, Kurt Schwitters et Tristan Tzara.
C'est en 2005 que le Musée Georges Pompidou organise une des plus grandes rétrospectives que l'on ait consacrée au mouvement Dada, et à tous les artistes qui de près ou de loin s'en réclamaient.
Je me permets de publier ici les pages du catalogue qui fut alors édité par le Musée et qui représente l'un des plus beau travaux qui ne fut jamais réalisé de mémoire de muséographe. À la fois chrono-logique et alphabétique, le livre retrace le cheminement d'une époque difficile puisqu'elle démarre un peu avant la Drôle de Guerre (14-18) et se prolonge un peu après.