Le mouvement Dada

Dada n'a pas pris une ride
Voilà pourquoi, partout dans le monde, les découvertes ont jailli sous la baguette des dadaïstes : que ce soit la domestication de "l'art" photographique au moyen du photomontage cher aux Berlinois Hausmann et Heartfield ou des "Rayogrammes" de l'Américain Man Ray ; la remise en question du processus de connaissance rétinienne par les "machines optiques" de Duchamp ou les "transparences" de Picabia, annonciatrices de l'Op Art ; ou encore l'abolition du culte de la personnalité, trop répandu chez les peintres et les marchands, par le recours aux oeuvres en collaboration (Fatagaga de Cologne ou Cadavres exquis de Paris) et aux appropriations d'objets usuels (Duchamp, Picabia, Man Ray ou Schamberg).
On pourrait ainsi longtemps suivre les incursions de Dada aux diverses frontières de l'imagination humaine. Et c'est sans doute cette polyvalence qui explique le regain d'intérêt dont il bénéficie de nos jours de la part de plasticiens appartenant à des bords souvent opposés. C'est également pourquoi l'aventure dadaïste colle si étroitement à la sensibilité du XXe siècle dont nous voyons bien qu'il aura été dominé par un besoin de révolte systématique contre les formes existantes, en politique, en littérature et dans les arts : contre toute forme, parce qu'elle est forme, et donc limite.
La grande leçon de Dada, tacitement transmise à ses successeurs, n'est point, on le voit, leçon d'esthétique, mais de philosophie : sur le bon usage de la révolte. C'est en remettant sans cesse en question, patiemment, obstinément les vérités apparemment les mieux assises, que l'homme prendra conscience de sa destinée collective : "Je me révolte, donc nous sommes", dira Camus. Contre sa propre attente et contre son gré, Dada a vu surgir de son nihilisme de nouveaux concepts esthétiques, apprenant ainsi à ses dépens que si l'art est difficile, il est encore plus difficile à l'homme de ne pas créer.
Tristan Tzara - Chanson dada (1923)
I
la chanson d'un dadaïste
qui avait dada au coeur
fatiguait trop son moteur
qui avait dada au coeur
l'ascenseur portait un roi
lourd fragile autonome
il coupa son grand bras droit
l'envoya au pape à rome
c'est pourquoi
l'ascenseur
n'avait plus dada au coeur
mangez du chocolat
lavez votre cerveau
dada
dada
buvez de l'eau
II
la chanson d'un dadaïste
qui n'était ni gai ni triste
et aimait une bicycliste
qui n'était ni gaie ni triste
mais l'époux le jour de l'an
savait tout et dans une crise
envoya au vatican
leurs deux corps en trois valises
ni amant
ni cycliste
n'étaient plus ni gais ni tristes
mangez de bons cerveaux
lavez votre soldat
dada
dada
buvez de l'eau
III
la chanson d'un bicycliste
qui était dada de coeur
qui était donc dadaïste
comme tous les dadas de coeur
un serpent portait des gants
il ferma vite la soupape
mit des gants en peau d'serpent
et vient embrasser le pape
c'est touchant
ventre en fleur
n'avait plus dada au coeur
buvez du lait d'oiseaux
lavez vos chocolats
dada
dada
mangez du veau
http://www.mouvementdanette.be/index.htm
Monument Dada

Mentionnons, parmi les nombreux et très divers projets réalisés par l'Association culturelle et littéraire « Tristan Tzara », fondée en 1991 par Vasile Robciuc, l'impressionnant (8 m x 12 m) monument dédié à Dada et à son fondateur, conçu par le sculpteur allemand Ingo Glass et érigé à Moinesti, sur les lieux mêmes de la naissance roumaine de Tristan Tzara.
Pour obtenir des renseignements sur les activités et productions de cette dynamique association, s'adresser à :
M. Vasile Robciuc
Strada Vasile Alecsandri, Bloc C, Etaj III, Apart. 10
Moinesti, Judetul Baciu, Codul 5478, Roumanie.
E-mail : vasilerobciuccla@yahoo.com
Fax : 0040234364383