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Le mouvement Dada

Dada-soirée KaufleutenZurich

Dada est la révolte, même. Ainsi pourrait-on, paraphrasant le titre du célèbre "grand verre" de Marcel Duchamp, résumer en une formule ce qui distingue ce mouvement de la plupart des écoles esthétiques modernes : non content de vouloir remettre en question certains concepts ou certaines techniques dépassées, il incarne la forme la plus aiguë d'un esprit de subversion individuelle et collective qui a envahi notre époque. Breton l'avait bien senti dès 1919 : le but avoué de Dada était de "tuer l'art".

L'histoire du mouvement Dada se confond donc avec la foudroyante percée intellectuelle déclenchée, simultanément et indépendamment, en divers points du globe par plusieurs groupes de jeunes artistes, littérateurs et philosophes : en quelques années, de 1915 à 1923, elle allait ébranler les fondations esthétiques du temps, qu'elles fussent traditionnelles ou d'avant-garde, et amorcer une révolution qui, du surréalisme au Pop Art, allait en un demi-siècle bouleverser notre vision du monde.

5 février 1916 : Il se déguise en phallus lors de la première soirée dadaïste à Zurich

Le 5 février 1916, le jeune poète allemand Hugo Ball et son épouse Emmy Hennings, danseuse et chanteuse, inaugurent le Cabaret Voltaire qu'ils viennent d'ouvrir à Zurich. La soirée est un pur délire, un délit aux conventions de l'époque. "On chante, on récite - le peuple - l'art nouveau le plus grand au peuple - (...) soirée russe soirée française", écrit Tzara. Sur une estrade, d'étranges personnages déguisés mènent un grand sabbat. Dans la salle, ça crie, ça hurle. Hugo Ball se produit dans un accoutrement en carton rigide et argenté figurant un phallus en érection. Des poètes déclament des onomatopées. Le mouvement dada prend vie. "Nous sommes tellement pris de vitesse par les attentes du public que toutes nos forces créatives et intellectuelles sont mobilisées... Aussi longtemps que toute la ville ne sera pas soulevée par le ravissement, le Cabaret n'aura pas atteint son but", écrit Ball. Lors des soirées qui connaissent un succès grandissant, Tzara s'impose comme le chef de file de cet art nouveau.

Le Cabaret Voltaire est fréquenté par le peintre-poète Jean Arp, le peintre-architecte Marcel Janco, la danseuse-peintre Sophie Taeuber et l'écrivain-poète Richard Huelsenbeck. N'ayant pas les moyens de faire des travaux, Hugo Ball demande à ses amis artistes de lui prêter des tableaux pour couvrir les murs. Il y a là des Modigliani, des Picasso, des Klee et des Kandinsky, entre autres. Hugo Ball appartient à une famille catholique très stricte. Étudiant à l'université de Munich, il délaisse l'enseignement classique pour étudier l'anarchisme russe, la mystique hindoue ou encore la psychanalyse. Il écrit des poèmes, des pièces de théâtre. Il côtoie le milieu expressionniste. Il organise des manifestations contre la guerre. Puis il se rend à Zurich avec sa nouvelle compagne, Emmy Hennings. C'est Marcel Janco, le peintre, qui lui présente Tristan Tzara tout juste débarqué de Bucarest où il s'ennuyait comme un rat mort. Ball le convainc de rejoindre leur bande de peintres, poètes, cinéastes et autres artistes dissidents pour "jouir de leur indépendance" au cours de soirées organisées dans les cafés de Zurich. Il faut en finir avec le vieux monde ! Leurs armes, le délire, l'autodérision, la déconstruction du langage, les inventions sonores, les costumes abracadabrantesques... L'ouverture du Cabaret Voltaire leur permet toutes les excentricités dans une Europe en guerre. Le 28 juillet, Ball y lit le manifeste dada. Dès 1917, le dadaïsme essaime dans toute l'Europe, délaissant le Cabaret Voltaire.

Frédéric Lewino et Gwendoline dos Santos dans Le Point du 05/02/2012

Voir aussi Cabaret Voltaire, DADAÏSME - par ernø

Affiche de Marcel Janco - 23 juillet 1915 : Tristan Tzara lira de ses oeuvres et un manifeste DADA.

Hugo Ball

Le mot-écrin "dada" lui-même, volontairement dépourvu de sens, fut découvert par hasard au début de 1916 dans les pages d'un dictionnaire. Des expositions regroupèrent les toiles des dadaïstes (Otto Van Rees, Viking Eggeling, Augusto Giacometti, Walter Helbig, Oscar Lüthy, Max Oppenheimer, Otto Morach, Arthur Segal...), mêlées aux oeuvres des peintres contemporains dont la plupart d'entre eux subissaient l'influence. On s'intéressait surtout à l'art abstrait, à l'impressionnisme, à l'art nègre, à l'art nouveau. C'est chez certains artistes plus fortement individualisés que l'on reconnaît les premiers signes originaux : d'emblée, Hans Arp avait inventé ses configurations simples et pures, abstraites de nature plutôt que par effet de recherche. Ses collages et ses reliefs comme les tissages et compositions de sa compagne Sophie Taeuber, se distinguent des productions contemporaines de Mondrian et de Kandinsky par un abandon total aux caprices du hasard. Ces observations valent aussi pour les plâtres polychromes de Marcel Janco et pour les Schadographies, épreuves photographiques originales obtenues dans le laboratoire de Christian Schad par contact direct des objets avec le papier sensible.

Christian Schad

Sous l'aiguillon de son imprésario Tzara et de son maître à penser Hugo Ball, le groupe dadaïste zurichois, renforcé en 1919 par la venue de Picabia, devait défrayer la chronique dans la presse helvétique jusqu'en 1920.

Seepferdchen und Flugfische (Seahorses and Flying Fish) by Hugo Ball

Vidéo par Grant Strombeck : Bob Marsh interprète le poème sonore de Hugo Ball. Superbe !

Hans Richter

Hans Richter par Man Ray

Né à Berlin en 1888, Hans Richter fait ses études à l'Académie des Beaux Arts de Berlin en 1908 puis à l'Académie de Weimar en 1909. Il est vite attiré par l'expressionnisme allemand avant de se tourner plus tard vers le cubisme. Profondément marqué par la Grande Guerre il est blessé sur le front de Russie et s'installe à Zurich en 1916 où il participe aux débuts de Dada, mouvement mené par Tristan Tzara. Il y rencontre et se lie d'amitié avec le peintre suédois Viking Eggeling qui l'initie à l'abstraction. Richter se lance alors dans une peinture abstraite fondée sur la décomposition du mouvement.

Parallèlement à ses compositions lyriques et très colorées, il se retire dès 1918 près de Berlin avec Eggeling, pour travailler à des « tableaux-rouleaux » qu'ils tentent à partir de 1921 d'animer cinématographiquement. Il réalise alors Rythmus, 21, 23, et 25, où évoluent des formes géométriques. Sa peinture évoluera également vers une abstraction plus géométrique, dominée par un graphisme dépouillé.

C'est à cette époque qu'il rejoint à Berlin le mouvement dada animé par Huelsenbeck et Hausman. En 1920, il se consacre à l'écriture et à la théorisation : ainsi, il contribue à la revue De Stijl (née en Hollande du groupe De Stijl dominé par Mondrian), sur la base du constructivisme. Enfanté par le cubisme et le futurisme (mouvement artistique fondé en Italie en 1909), le constructivisme utilise exclusivement des éléments géométriques comme le cercle, le rectangle ou la ligne droite. Richter crée G. une publication « révolutionnaire » pour les artistes. Mais la passion pour le cinéma le rattrape. Filmstudie (1926) qui associe des vues réelles aux abstractions et les films suivants sont des semi-documentaires, au montage fondé sur des analogies visuelles tel Inflation (1927). Sa meilleure réussite est Fantômes du matin (Vormittagsspuk-1928), où, dans le plus pur esprit dada, ses personnages sont aux prises avec de facétieux chapeaux volants.

Après 1930, il travaille à des documentaires de plus en plus engagés. Metall (1931-1932) sur une grève dans la métallurgie est interrompu par l'arrivée d'Hitler au pouvoir. Il émigre à New York en 1941. Les Etats-Unis offrent un deuxième souffle à sa carrière artistique. Hans Richter devient le directeur de l'Institut Technique du Film au City College de New-York. Grâce à Peggy Guggenheim il réalise entre 1944 et 1946, Rêves à vendre (Dreams That Money Can Buy), en couleurs et parlant, dont il confie des parties à Calder, Marcel Duchamp, Max Ernst, Fernand Léger et Man Ray, mais où l'on peine à retrouver l'esprit d'avant-garde des années 20 qu'il entend y célébrer et qu'il célèbre encore dans 8 x 8 (film-collage de 1957) et Dadascope (1961) pour lequel il convie ses camarades dada, Hans Arp, Marcel Duchamp et Man Ray. En 1965, Richter publie Dada : art et anti-art , recueil d'événements et de rencontres qui ont jalonné sa vie et son oeuvre.

Cet artiste polyédrique, précurseur dès 1917 de la tendance lyrique de l'abstraction et l'une des figures les plus importantes du cinéma d'avant-garde, s'éteint en 1976 à Locarno, en Suisse.

Hans Richter - Tête Dada (Variation Arp)

Ghosts Before Breakfast (1927)


Marcel Janco

Marcel Janco - Masque

Marcel Janco, Painter (1895 - 1984).
b. 1895, Bucharest, Romania.
Immigrated 1941.
Studies: 1915 Switzerland, architecture.
Teaching: 1953 Kibbutz Seminary, Oranim.
Prizes: 1945-46, 1951 Dizengoff Prize; 1958 Histadrut Prize; 1967 Israel Prize for Art. 1982 Worthy of the City of Tel Aviv.

1915 Went to Switzerland and joined Hugo Ball, Jean Arp.
1916 -19 An originator of the Dada movement and participated in all its activities. Painted the famous masks in the style of African masks which were exhibited in the 'Cabaret Voltaire'. Painted abstract reliefs, combining expressionism and cubism.
1921 After a short time in Paris, returned to Bucharest, worked in architecture and was active in the artist's groups.
1948 Was a founder of New Horizons Group.
1952 Participated in the Venice Biennale;
1954 Sao Paulo.
1953 A founder of the Artist's Village, Ein Hod.
Died 1984.

Affiche Dada
Dada Lock


Hans Arp

Jean (Hans) Arp was a sculptor, painter, poet and a founding member of the Dada movement. He was born on September 16, 1886 in Strasbourg, France. As a child he was very interested in drawing but not in school: because of his poor performance there, his father was forced to hire a tutor. In 1900, he joined the Strasbourg School of Arts and Crafts and later, in 1904, he joined the Academy of Fine Arts in Weimar. Arp continued his studies at the Académie Julian in Paris until 1909, when he returned to Switzerland. He traveled to Munich and back to Paris, a city where he met important artists such as Picasso and Gauguin.

The outbreak of World War I forced Arp to move to Zurich, where he collaborated with the initial development of the Dada movement. After the war, he moved to Cologne, Germany, taking Dada with him. In 1921 he married his fellow artist Sophie Taeuber.

During the 20's, Arp worked with several leading publications, joined the Surrealist movement and established his studio in Meudon, France. In the early 30's he started to sculpt. World War II forced him to return to Switzerland. In 1949 his wife Sophie died, plunging him into depression. The end of the war allowed him to move to Meudon again.

The 50's represented a few years of great success for Arp, during which interest in his work grew unexpectedly. In 1953 he created a mural at the UNESCO building in Paris, as well as two works for the Ciudad Universitaria de Caracas. In 1954 he won the Grand Prize for sculpture at the Venice Biennale. Later, in 1962, the National Museum of Modern Art in Paris gave him a retrospective. Four years later, on June 7, 1966, he died in Basel, Switzerland.

Arp - Cinéma calendrier du coeur abstrait, Maisons - 1920

Book in first edition, Dada collection. In-4, blank original wraps. Poems by Tristan Tzara, illustrated with 19 original woodcuts by Jean Arp, in full page. Published by Jean Arp, Switzerland, and printed by Otto von Holten.

6500 euros (2010)


Arp - Automatic Drawing

Sophie Taeuber-Arp

Sophie Taueber

Art: Dada: Sophie Taeuber-Arp

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