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Le mouvement Dada

Dada-soirée KaufleutenZurich

Dada est la révolte, même. Ainsi pourrait-on, paraphrasant le titre du célèbre "grand verre" de Marcel Duchamp, résumer en une formule ce qui distingue ce mouvement de la plupart des écoles esthétiques modernes : non content de vouloir remettre en question certains concepts ou certaines techniques dépassées, il incarne la forme la plus aiguë d'un esprit de subversion individuelle et collective qui a envahi notre époque. Breton l'avait bien senti dès 1919 : le but avoué de Dada était de "tuer l'art".

L'histoire du mouvement Dada se confond donc avec la foudroyante percée intellectuelle déclenchée, simultanément et indépendamment, en divers points du globe par plusieurs groupes de jeunes artistes, littérateurs et philosophes : en quelques années, de 1915 à 1923, elle allait ébranler les fondations esthétiques du temps, qu'elles fussent traditionnelles ou d'avant-garde, et amorcer une révolution qui, du surréalisme au Pop Art, allait en un demi-siècle bouleverser notre vision du monde.

C'est à Zurich, vers la fin de 1915, qu'apparaissent distinctement les stigmates particuliers de cette rebellion. Dans la vague de réfugiés de toute espèce qui déferlait alors sur la paisible cité alémanique, se trouvaient plusieurs jeunes gens venus de divers pays d'Europe et sans autre affinité que leur haine d'un ordre social dont la guerre même attestait la faillite. C'est ainsi que se rencontrèrent dans la petite salle du "Cabaret Voltaire", ouvert par un transfuge du Blaue Reiter munichois, Hugo Ball, des Allemands comme Hans Richter et Richard Huelsenbeck, des Roumains comme Tristan Tzara et Marcel Janco ou des Alsaciens comme Hans Arp. Pour meubler leur oisiveté forcée, ils organisèrent au Cabaret des soirées qui, anodines au début, dégénérèrent bientôt en provocations systématiques contre l'ordre bourgeois.

Hugo Ball

Le mot-écrin "dada" lui-même, volontairement dépourvu de sens, fut découvert par hasard au début de 1916 dans les pages d'un dictionnaire. Des expositions regroupèrent les toiles des dadaïstes (Otto Van Rees, Viking Eggeling, Augusto Giacometti, Walter Helbig, Oscar Lüthy, Max Oppenheimer, Otto Morach, Arthur Segal...), mêlées aux oeuvres des peintres contemporains dont la plupart d'entre eux subissaient l'influence. On s'intéressait surtout à l'art abstrait, à l'impressionnisme, à l'art nègre, à l'art nouveau. C'est chez certains artistes plus fortement individualisés que l'on reconnaît les premiers signes originaux : d'emblée, Hans Arp avait inventé ses configurations simples et pures, abstraites de nature plutôt que par effet de recherche. Ses collages et ses reliefs comme les tissages et compositions de sa compagne Sophie Taeuber, se distinguent des productions contemporaines de Mondrian et de Kandinsky par un abandon total aux caprices du hasard. Ces observations valent aussi pour les plâtres polychromes de Marcel Janco et pour les Schadographies, épreuves photographiques originales obtenues dans le laboratoire de Christian Schad par contact direct des objets avec le papier sensible.

Sous l'aiguillon de son imprésario Tzara et de son maître à penser Hugo Ball, le groupe dadaïste zurichois, renforcé en 1919 par la venue de Picabia, devait défrayer la chronique dans la presse helvétique jusqu'en 1920.

En juin 1917 Tzara fit paraître le 1er numéro de Dada "recueil littéraire et artistique" à Zurich.

Pour parcourir les trois premiers numéros :

Source : UbuWeb Historical


« Pour faire un poème dadaïste »

Enregistrements: 1932, 2005
Textes: Ball, Tzara, Schwitters
Je sais lire: Ijjou Ahoudig
Idée: Silvain Gire
Réalisation: Samuel Hirsch